Selon le type de société, sa structure sociale, son mode de production et de connaissance, le système de références spatial est différent. Par exemple , la place des morts en Turquie ou en Corse, où ils sont à la base de la propriété. Par exemple, dans la plupart des sociétés, les jeunes ont un espace dévolu : Elwin Verrier montre dans « la maison des jeunes chez les Murias », que dans chaque village les jeunes vivent en communauté (garçon / filles) jusqu’au mariage. Ceci favorise l’intégration dans le monde adulte et c’est un facteur de cohérence sociale car il y a peu de divorces ; on résout ainsi les problèmes d’agressivité entre générations.

En Afrique aussi les adolescents sont mis à l’écart lors des rites de passage d’une catégorie à l’autre. Et les sociétés modernes inventent elles aussi des lieux et moments qui permettent à chacun de s’assurer une vie.

L’espace est donc révélateur de la différenciation sociale mais c’est aussi le champs d’application des antagonismes sociaux. Il accentue les contradictions et les antagonismes d’intérêts. Cependant, cet espace est relativisable selon les variables culturelles de chaque peuple.

Toujours sur la thématique de l’espace, on peut aussi faire la distinction entre 2 modes de pensée, la pensée sauvage et la pensée rationnelle : levi-strauss, Foucault et Godelier montrent les fondements de la pensée sauvage : celle-ci fonctionne selon un mode analogique fait d’assimilation et de similitude des phénomènes : ici l’espace est investi de symboles, de forces de pouvoir. Au contraire, si la pensée scientifique s’intéresse aux ressemblances, elle passe par l’expérience, elle perçoit une autre organisation des choses, de la nature et de l’espace. Godelier voit dans la pensée sauvage : un esprit analogique qui humanise la nature et ses lois en la dotant des attributs de l’homme, mais de ce fait elle dote spontanément l’homme de pouvoirs surnaturels.

Pour Levi-strauss la réciprocité des perspectives de l’homme et du monde se font miroir : l’environnement est investit, on passe d’un niveau à l’autre du fait des analogies.

Notre société garde encore des traces de pensée sauvages. Ainsi Jean-Pierre Vernant dans « les origines de la pensée grecque », a bien analysé les transformations des représentations de l’univers selon les modes de pensée archaïque et géométrique. Cette dernière permet une représentation mathématique de l’univers, une rationalisation de la théogonie et l’abolition de l’analogie entre les directions de l’espace et les significations religieuses opposées.

Dans « structuralisme et histoire », Nathan Wachtel, analyse les représentations des Cuzcos au Pérou : il étudie la manière dont les colonisés intègrent les représentations des colonisateurs. On voit deux types opposés d’acculturation, l’une soumet les apports occidentaux aux catégories indigènes, l’autre intègre les valeurs du colonisateur et oublie celles de son peuple…